On ne compte plus, dans l’actualité nationale et locale, les appels à plus de clarté dans les décisions publiques. Aux Côtes d’Armor, comme ailleurs, la défiance envers les élus et les institutions ne cesse de progresser. Selon le Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF de janvier 2024, seuls 27% des Français déclarent faire confiance à leur conseil municipal, un score qui reste pourtant meilleur que pour les autres échelons de la vie publique mais qui interroge quant au lien citoyen.
Dans les Côtes d’Armor, territoire marqué par une forte tradition d’engagement (les taux de participation aux municipales en 2020 dépassaient souvent la moyenne nationale, avec plus de 65% à Saint-Brieuc ou Lannion), la question de la transparence, loin d’être un “plus”, s’impose pour préserver un contrat démocratique fragilisé.
Depuis la décennie 2010, plusieurs textes nationaux ont posé des bases pour la transparence locale. La loi NOTRe (2015) a par exemple élargi l’accès aux documents administratifs et renforcé l’obligation de publicité des débats.
Pourtant, lorsqu’on parcourt les sites des communes costarmoricaines, la réalité est contrastée :
Au niveau du Conseil départemental, des progrès sont notables, avec la publication en ligne du budget, du rapport d’activité, et la mise à disposition d’indicateurs clés (voir site du Département), mais les comptes tenus des avis des citoyens ou la logique de suivi des engagements restent parfois difficiles à décrypter.
Pour garantir la transparence, plusieurs leviers concrets existent, dont la pertinence se mesure à leur capacité à aller au-delà des obligations minimales.
| Commune | Diffusion vidéo des conseils | Budget participatif | Suivi public des propositions citoyennes |
|---|---|---|---|
| Saint-Brieuc | Oui, sur YouTube | Non | Non |
| Lannion | Non | Oui (2022-2023) | Oui (espace dédié sur le site) |
| Dinan | Non | Oui (2022) | Non |
Miser sur la pure obligation réglementaire, c’est sous-estimer les attentes d’une société désormais habituée à la circulation rapide de l’information et aux attentes d’interactivité. En 2022, dans un rapport consacré à la transparence dans la gestion locale, la Cour Régionale des Comptes de Bretagne soulignait : “La simple publication des pièces administratives, sans accompagnement pédagogique ni dialogue, ne suffit plus à rétablir la confiance”.
La transparence locale n’est pas un luxe, mais une exigence de notre temps. Dans les Côtes d’Armor, des initiatives existent, des marges de progrès aussi, et l’écart entre l’affichage et les pratiques concrètes reste à combler. La démocratie se nourrit de ces petits pas — de chaque site internet amélioré, de chaque délibération expliquée, de chaque échange public facilité.
La transparence n’est pas un horizon inaccessible : elle se construit quotidiennement, au croisement de la volonté politique, de la créativité citoyenne — et de notre vigilance partagée. Les défis à venir (transition écologique, évolution des territoires, solidarité sociale) réclament une confiance renouvelée. À nous tous, collectivement, de la bâtir, pas à pas.