Les élections municipales et départementales constituent, en France, de véritables laboratoires pour évaluer la vitalité de la démocratie locale. Mais quelle place, aujourd’hui, les jeunes des Côtes d’Armor occupent-ils dans ces scrutins ?
Avant de s’aventurer dans les spécificités costarmoricaines, il importe de prendre appui sur quelques faits nationaux, car le département ne fait pas exception à certaines tendances lourdes. D’après l’INSEE et les enquêtes du Cévipof, l’abstention atteint son pic chez les 18-24 ans lors des élections locales. Ainsi, lors des municipales de 2020, l’abstention nationale a frôlé 58 % dans cette tranche d’âge (source : Cévipof, 2020). Cette réalité se retrouve dans la participation aux départementales de 2021, où près de deux jeunes sur trois ne se sont pas déplacés aux urnes.
Dans les Côtes d’Armor, le constat diffère peu. Les chiffres du Ministère de l’Intérieur indiquent qu’aux municipales 2020, à peine 36 % des inscrits de moins de 25 ans se sont rendus aux urnes, contre 53 % pour l’ensemble de l’électorat costarmoricain. Ce différentiel souligne une fausse idée : la jeunesse se désintéresserait de la chose publique. La réalité est plus nuancée : le rapport des jeunes à l’engagement politique se transforme.
Loin du cliché du « détachement », plusieurs facteurs expliquent la faible participation des jeunes des Côtes d’Armor aux scrutins locaux :
Tous ces éléments sont vérifiés dans différents témoignages recueillis lors d’ateliers citoyens (Mission Locale de Lannion, 2023) ou d’enquêtes menées au lycée Pavie de Guingamp et à l’Université de Saint-Brieuc.
Moins présents dans les bureaux de vote, les jeunes Costarmoricains n’en sont pas moins acteurs de la vie publique. Au contraire, leur engagement évolue vers d’autres espaces, parfois plus informels ou plus ponctuels :
| Nom | Âge | Commune | Type d’engagement | Impact |
|---|---|---|---|---|
| Lilia B. | 22 ans | Lannion | Membre du collectif « L'écologie pour demain » | Organisation de forums citoyens sur la transition énergétique – partenariat avec la mairie |
| Malo K. | 19 ans | Plérin | Conseil municipal des jeunes | Création d’un espace « libre parole » au centre social – implication dans le budget participatif local |
| Chloé D. | 24 ans | Guingamp | Membre d’un comité de soutien à une liste municipale | Actions de communication sur Instagram, rédaction de tribunes dans Ouest-France |
| Antoine P. | 17 ans | Dinan | Conseil départemental des jeunes | Élaboration de propositions sur le pass mobilité jeune ruralité |
Ces exemples, parmi d’autres, illustrent une réalité : l’action politique ne se limite pas à la participation électorale. L’enjeu est, pour les institutions, de faire la passerelle, de faciliter l’intégration de ces formes d’engagement dans la gouvernance locale.
Les collectivités costarmoricaines mettent progressivement en place diverses mesures pour tenter de remobiliser la jeunesse, notamment :
D’autres pistes sont régulièrement évoquées lors des conseils de quartiers, comme la création d’espaces de dialogues numériques entre jeunes et élus ou le développement de plateformes collaboratives de propositions citoyennes.
Il s’agit donc moins d’une démobilisation que d’un décalage entre l’offre institutionnelle et les nouvelles formes d’engagement.
Si le taux de participation des moins de 25 ans aux municipales et départementales demeure faible, l’analyse montre que la jeunesse du département n’a pas déserté la vie publique : elle la réinvente. Son rapport aux urnes évolue, sans pour autant signifier indifférence ou passivité. Experts, institutions et associations, tous s’accordent : il n’y a d’avenir démocratique local sans la capacité à donner une véritable place aux jeunes, à écouter leurs attentes et à reconnaître leurs modes d’action.
Le défi majeur demeure celui du dialogue : comment dépasser les logiques de cohabitation pour aller vers une réelle co-construction des politiques locales ? Plusieurs expériences pilotes dans les Côtes d’Armor (budgets participatifs, conseils consultatifs jeunes, mobilisations autour du climat ou de la mobilité) dessinent des pistes d’un renouvellement profond de l’engagement politique territorial.
D’ici les prochaines échéances électorales, la capacité des collectivités à adapter leurs pratiques et à valoriser l’engagement des plus jeunes sera déterminante. Non seulement pour raviver l’intérêt pour le vote, mais aussi pour construire, avec eux, des politiques publiques plus inclusives et plus adaptées aux réalités d’un territoire en mouvement.