Les communes des Côtes d’Armor n’échappent pas à la grande transformation de l’habitat et de l’espace urbain qui touche la France entière. Centres-villes en perte de vitesse, logements énergivores, mobilités à repenser, déclin démographique et vieillissement de la population… Autant de défis qui obligent à agir sans tarder. Mais ici, la rénovation urbaine revêt une dimension particulière : sur un territoire marqué à la fois par des bourgs ruraux et des pôles urbains, il s’agit de préserver le dynamisme local tout en anticipant les enjeux d’une société qui évolue rapidement.
Revitaliser, rénover, moderniser : ces mots apparaissent dans les plans locaux d’urbanisme, les programmes d’aménagement mais aussi dans les discours des élus. Cependant, les enjeux des rénovations urbaines sont loin d’être uniformes d’une commune à l’autre. Petit bourg, ville moyenne ou agglomération, chacun cherche la bonne formule pour éviter la dévitalisation économique tout en améliorant la qualité de vie.
Pour mieux cerner ces enjeux, il convient de s’intéresser à plusieurs dimensions incontournables qui, ensemble, dessinent le futur des villes costarmoricaines.
Le cœur des villes et des bourgs fait l’objet d’une attention toute particulière. Selon la Chambre de Commerce et d’Industrie des Côtes d’Armor, entre 2016 et 2021, le taux de vacance commerciale dans les centres-villes du département a oscillé entre 11 et 18 %, soit au-dessus de la moyenne nationale (étude CCI Bretagne, 2022). Cette érosion commerciale va de pair avec un déclin résidentiel : on dénombre, en 2020, près de 20 000 logements vacants sur le département, soit environ 7 % du parc immobilier total (INSEE).
Le dispositif « Petites villes de demain », lancé par l’État, concerne plusieurs communes costarmoricaines telles que Lamballe-Armor, Lannion, ou encore Rostrenen. Ce programme vise l’accompagnement dans la restructuration du centre, la réhabilitation de logements et la requalification d’espaces publics.
Les enjeux énergétiques et sociaux sont désormais indissociables de toute politique de rénovation. À l’échelle du département, environ 11 % des logements sont classés comme des « passoires thermiques » d’après une étude de l’Observatoire des logements des Côtes d’Armor (2022).
À Plédran, l’opération de rénovation de l’îlot République a permis de réhabiliter un ensemble de logements et de locaux commerciaux en respectant les normes énergétiques actuelles, tout en créant de nouveaux espaces verts (source : Le Télégramme, décembre 2023).
Dans un contexte de vieillissement démographique — près de 31 % de la population costarmoricaine a plus de 60 ans (INSEE, 2023) —, la rénovation urbaine se doit d’intégrer l’accessibilité universelle : trottoirs aménagés, ascenseurs dans les bâtiments collectifs, adaptation des logements.
L’amélioration de la qualité de vie, moteur de la chose publique locale, apparaît ainsi, par petites touches, dans toutes les orientations prises par les conseils municipaux et la communauté d’agglomération.
Le tissu urbain des Côtes d’Armor est loin d’être homogène : entre l’agglomération briochine, les pôles moyens comme Lannion ou Dinan, les villes littorales et les bourgs ruraux de l’arrière-pays, les besoins et les moyens diffèrent.
Le soutien des intercommunalités se révèle essentiel pour mutualiser les moyens et animer la concertation, qu’il s’agisse de projets portés par Lannion-Trégor Communauté, Dinan Agglomération ou Guingamp-Paimpol Agglomération.
Les rénovations urbaines mobilisent des montants conséquents : à l’échelle du département, ce sont des dizaines de millions d’euros qui sont investis chaque année (source : Préfecture des Côtes d’Armor, rapports annuels ; la seule rénovation du quartier Balzac à Saint-Brieuc prévoit un budget de près de 71 millions pour les années 2019-2026).
La mobilisation des élus locaux, des services techniques, mais aussi des acteurs associatifs et économiques apparaît ainsi comme un facteur déterminant pour la réussite des opérations.
Certains projets illustrent la variété et l’ambition des récentes rénovations urbaines dans les Côtes d’Armor :
Derrière ces grands chantiers, des milliers d’actions discrètes et de petites transformations — de la pose d’une rampe d’accès à l’isolation d’un immeuble — témoignent d’une dynamique inédite. La réussite de la rénovation urbaine, dans les Côtes d’Armor comme ailleurs, repose sur l’addition de ces démarches à la fois globales et locales, sur la confiance entre élus, techniciens et habitants, et sur la capacité à s’adapter à des enjeux multiples : économiques, sociaux, écologiques, patrimoniaux.
À un moment où le tissu communal évolue rapidement, entre aspirations à la « ville du quart d’heure » et ancrage fort dans l’identité bretonne, les communes costarmoricaines jouent définitivement un rôle de laboratoire et de levier pour une société plus résiliente et solidaire.