Dans les Côtes d’Armor, le virage écologique n’est plus une option, mais une nécessité. Entre l’élévation du niveau de la mer sur la côte nord, l’artificialisation des sols agricoles et la pression démographique sur les villes moyennes comme Saint-Brieuc ou Lannion, chaque projet urbain doit désormais intégrer des exigences de sobriété, de préservation des ressources et de résilience face aux changements climatiques. Ce contexte a connu une nette accélération après les lois Grenelle II (2010) et la loi Climat et Résilience de 2021 : désormais, tout nouveau PLU (Plan local d’urbanisme) ou SCoT (Schéma de cohérence territoriale) est tenu de fixer des objectifs ambitieux en matière de consommation d’espace et de développement durable. Les chiffres illustrent la tendance : selon l’INSEE, la population des Côtes d’Armor stagne globalement, mais voit ses pôles urbains attirer davantage, provoquant une tension sur les espaces urbains (INSEE, 2020).
Pour comprendre l’action concrète des collectivités, il faut d’abord rappeler trois sigles qui structurent la planification territoriale :
Dans les Côtes d’Armor, ces instruments sont devenus des leviers concrets : à Saint-Brieuc Armor Agglomération, par exemple, le SCoT modifié en 2022 prévoit un objectif de division par deux de la consommation d’espaces naturels à horizon 2031, passant à 35 hectares par an contre 70 auparavant (Source : Saint-Brieuc Armor Agglomération).
Entre 2017 et 2023, le projet de renouvellement urbain du quartier de Balzac à Saint-Brieuc (213 logements démolis, 330 réhabilités) illustre la volonté de "recycler la ville sur elle-même". Plus qu’un slogan, cela signifie éviter l’étalement urbain en revitalisant des espaces existants. La friche de Robien, ancienne gare de marchandises, est en passe de devenir un écoquartier, mêlant logements à haute performance énergétique, espaces publics végétalisés et mobilités douces (Conseil Départemental des Côtes d’Armor, 2023).
La ville de Lannion, chef-lieu du Trégor, a converti plusieurs hectares d’espaces anciennement dédiés à la voiture (parkings) en parc-rivière : le Vallon de Goas Lagorn, aménagé en 2021, renoue ainsi les habitants avec la rivière grâce à un corridor écologique où seules les circulations douces et les plantations locales sont autorisées. Un exemple de « renaturation », concept clé des politiques de transition.
À Pléneuf-Val-André, la stratégie n’est pas de construire plus, mais de rénover et surélever l’existant : des subventions sont actives pour accompagner l’isolation et la végétalisation des toits. Plus au sud, à Mûr-de-Bretagne, un “budget climat” communal dirige désormais chaque projet d’aménagement vers un bilan carbone, influant les choix dès la rédaction du cahier des charges (Source : Ouest-France, novembre 2023).
Combien de logements neufs sont réellement écologiques ? Quels niveaux d’artificialisation constatent les observatoires départementaux ?
Au-delà des bilans chiffrés, s’intéresser à la façon dont la transition écologique profite — ou non — au tissu économique local reste essentiel. Le secteur du bâtiment, longtemps jugé énergivore, voit sa mutation accélérer depuis l’entrée en vigueur de la RE2020 : les entreprises artisanales des Côtes d’Armor spécialisées dans la rénovation énergétique affichent une croissance de +11 % d’activité entre 2019 et 2023 (Chambre des Métiers et de l’Artisanat 22). À Ploufragan, la création de la matériauthèque intercommunale, un centre dédié au réemploi des matériaux issus de chantiers, favorise l’économie circulaire et crée 12 emplois directs.
Côté agriculture, le dialogue n’est pas toujours simple entre préservation de terres cultivables et mise en œuvre de projets photovoltaïques au sol ou maraîchage urbain : ainsi, à Guingamp-Paimpol Agglomération, la concertation avec la SAFER Bretagne vise à sanctuariser les meilleurs sols, tout en permettant à de nouveaux producteurs bio de s’installer sur de microparcelles urbaines (Source : SAFER Bretagne / Le Télégramme, février 2024).
Dans les Côtes d’Armor, l’intégration de la transition écologique à l’urbanisme n’est plus réservée aux centres urbains ou aux grands projets médiatiques : elle diffuse désormais aussi dans les bourgs ruraux et les projets de moindre ampleur.
La multiplication des "conseils citoyens" (comme à Lamballe-Armor ou Louargat), mobilisés pour définir des usages sur l’espace public, ou des ateliers de co-conception d’aménagements (Lannion Trégor Communauté), montre une montée en puissance de l’urbanisme participatif. Près de 7 % des PLU révisés en 2023 l’ont été avec la participation directe d’habitants tirés au sort (Source : Préfecture 22).
Des questions restent ouvertes : quelles marges de manœuvre pour les petites communes face à la pression immobilière ? Comment arbitrer entre densification et qualité de vie ? En 2024, l’enjeu est désormais d’objectiver les bénéfices sociaux et économiques de ces transformations, et surtout d’en partager l’élan et la gouvernance avec les premiers concernés : les habitants. La transition ne se décrète pas : elle se construit, quotidiennement, par des choix d’aménagement concrets, des compromis audacieux et des expérimentations encore trop souvent méconnues.
Sources principales : INSEE, Observatoire des Territoires, Ouest-France, Le Télégramme, Saint-Brieuc Armor Agglomération, Département 22, CAUE 22, Fédération des Maires Ruraux, Préfecture des Côtes d’Armor.